Parachutes-moi


Tu m’es tombé du ciel comme un sac de briques.

À tous les jours, tu me tombes du ciel… une brique à la fois. À tous les jours ça fait mal, mais… pas tant. Dans six mois, y aura pu de briques dans ton sac et j’aurai accumulé plein d’ecchymoses – sorte d’aquarelles abstraites qui suinteront sous ma peau. Tu vas partir, moi je vais rester et on sera pu jamais à la même place. Dans six mois, y aura une construction en cours qui ressemblera à des ruines. Un investissement de temps – un investissement dans le domaine du heartache ­– parce que tant qu’à avoir mal, on est ben mieux de le prévoir d’avance.


En attendant je ramasse les briques que tu me donnes depuis 13 000 pieds dans le ciel et, moi, je nous construis quelque chose d’un peu tout croche (j’ai jamais été ben bonne au Lego). Tu sais pas à quoi ça ressemble, je le cache, mais tu sais que ça existe.

L’autre soir tu m’a drop une couple de briques en même temps. Je pense que tu pensais que ça allait me faire peur, me faire fuir, mais tu aurais dû savoir que je suis pas normale, que je suis pas comme les autres ­– peu importe les autres sont comment – que ce qui est censé me faire fuir, me fait vouloir comprendre plus, découvrir plus. Te découvrir plus. T’es trop pas-normal pour que j’hausse les épaules et que je tourne les talons, laissant en plan le mini-mur de notre maison pas à toute épreuve, que j’avais commencé à bâtir.

Y’a pas encore de toit. Il pleut. Sur nous.

Oui, la maison est métaphorique. On vivra jamais ensemble.

(On vivra jamais ensemble. Chez toi ou chez moi ou ailleurs. Tu passeras jamais la balayeuse pour enlever de tes tapis aux motifs exotiques, les poils de mes chats. On toastera jamais au-dessus des assiettes remplies de sushi de nos datenights. On recevra jamais nos ami.e.s pour un verre (ou plus). Je baragouinerai jamais l’anglais devant ton monde. Mes amies te trouveront jamais cute avec ton accent. On jouera pas à Cards Against Humanity jusqu’à s’en pisser dessus. On prendra pas de bain parfumé à la lavande – tu saurais que ça me rappelle ma mère. On s’achètera pas des quantités industrielles de Advil. Tu me mettras pas une débarbouillette froide sur le front, je te masserai pas le bout des doigts. J’te verrai pas au réveil. Tu me feras pas de café, j’essaierai pas d’aimer ton Kombucha. On fera pas l’amour. On s’embrassera pas. Tu m’appelleras pas « muffin » quand je pleurerai en regardant des vidéos d’amitiés improbables entre animaux. Tu viendras pas souper les dimanches. J’te dirai pas que t’es beau. Je sentirai pas ta peau dans la nuit et je passerai pas ma main dans ton poil de torse pour m’apaiser. On voyagera pas ensemble. On vivra pas notre anxiété ensemble. Pis on se chicanera pas ­– au moins y a ça…)

T’étais sweet. J’aurais voulu goûter ton sweetness encore un peu plus longtemps. Avant que ça devienne sour.

Je me suis parachutée dans l’inconnu… chez des inconnus. Tu m’as attrapé par le bras, tu m’as gardé un peu, pendant ce temps-là j’avais l’impression de tomber moins vite. Après tu m’as parachuté. Je continue ma chute, le sol est loin, j’ai encore le temps.

Vas chier, mais... merci.


Crédit photo: JS Lépine

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